POUROUGEPOULE

Le Saviez-vous ?

Nous pr√©sentons ici des informations essentielles pour comprendre les difficult√©s relatives aux infestations √† pou rouge. Il s'agit d'un r√©sum√© de l'√©tat de la connaissance sur le pou rouge des poules issue de la recherche scientifique au 18 ao√Ľt 2023. Des liens vers des sources scientifiques (avec quelques explications √©ventuelles) sont accessibles en cliquant sur ¬ę En savoir plus ¬Ľ.

Le saviez-vous ?

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Le pou rouge des poules n'est pas un vrai parasite.

Quels sont les points communs et différences entre parasite et prédateur ?

Le parasite et le pr√©dateur ont un point commun : ils se nourrissent tous les deux sur un autre √™tre vivant (h√īte ou proie, respectivement). Deux caract√©ristiques principales les diff√©rencient (figure ci-dessous) : (1¬į) au cours d'un stade de vie, le parasite se nourrit g√©n√©ralement sur un seul individu h√īte alors que le pr√©dateur se nourrit de plusieurs proies diff√©rentes, (2¬į) le parasite pr√©l√®ve une toute petite partie du corps de l'h√īte (ex. une goutte de sang) alors que le pr√©dateur ing√®re la totalit√© ou une grande partie du corps de sa proie.

Définition d'un parasite, un microprédateur et un prédateur

Comparaison des concepts de parasite, microprédateur et prédateur.

Pourquoi le pou rouge n'est pas un vrai parasite, mais un microprédateur ?

Pour maturer ses Ňďufs, une femelle adulte de pou rouge des poules ne consomme qu'une petite goutte de sang √† chaque repas, comme un parasite. Mais elle le fait successivement jusqu'√† 8 fois sur 8 poules diff√©rentes, comme un pr√©dateur. La poule est donc √† la fois un h√īte et une proie pour le pou rouge. Le pou rouge des poules est un micropr√©dateur, comme les moustiques, les punaises de lit et les sangsues.

O√Ļ est le pou lorsqu'il n'est pas sur la poule ?

√Ä la diff√©rence du parasite, qui vit g√©n√©ralement sur ou dans l'h√īte (le corps de l'h√īte est aussi le milieu de vie du parasite), le micropr√©dateur vit typiquement √† distance de la proie. Quand ils ne se nourrissent pas, les poux rouges des poules se r√©unissent sous forme d'agr√©gats dans les interstices du poulailler. C'est une des causes de la difficult√© √† traiter les infestations √† pou rouge : les poux rouges situ√©s √† d√©couvert √† un instant t dans le poulailler constituent la partie √©merg√©e de l'iceberg de la population (figure ci-dessous). Cela limite g√©n√©ralement l'efficacit√© des traitements pulv√©ris√©s √† faible r√©manence. Cela vaut aussi bien pour les pulv√©risations d'acaricide de synth√®se que de substances d'origine naturelle.

Illustration de l'effet faible des traitements à faible rémanence sur la population de pou rouge

Illustration de l'effet faible des traitements pulvérisés à faible rémanence sur la population de pou rouge.

Remarque : m√™me si le pou rouge des poules vit √† distance de l'h√īte, il reste toujours dans la zone hors sol (partie abrit√©e, contenant les perchoirs, nids, sources d'aliment et d'eau). On le trouve surtout au niveau des aires de perchage ou de ponte, jamais sur les parcours ni les autres zones ext√©rieures, m√™me si le b√Ętiment est tr√®s infest√©. Cela est vrai quel que soit le type d'√©levage (√©levage commercial au sol, en voli√®re, en cage, poulailler familial).

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Sources scientifiques

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Le pou rouge court vite mais se déplace surtout de manière passive.

Le pou rouge des poules, bien que d√©pourvu d'ailes comme tous les acariens, peut parcourir des distances relativement importantes car il court plut√īt vite. Pourtant il ne va pas tr√®s loin ¬ę √† pied ¬Ľ, sa propagation au sein du poulailler et entre √©levage s'explique surtout par des mouvements passifs. En somme, le pou rouge se d√©place de trois mani√®res diff√©rentes, selon la distance et le moment de la journ√©e :

  1. Activement, par ses propres moyens √† courte distance (quelques m√®tres, surtout la nuit) : √† ¬ę pieds ¬Ľ, le pou rouge se d√©place vivement, suivant des trajets tortueux et parcourant tr√®s ais√©ment 65 cm en 10 min lorsqu'il est √† jeun. Comme il s√©journe dans la zone hors sol des √©levages, le pou rouge trouve facilement une poule pour pr√©lever du sang en sortant de son abri [cf le saviez-vous ? n¬į5].

Poux rouges affamés se dirigeant vers leur repas (infestation importante mais pas maximale : poule en bonne santé les jours suivants).

Licence Licence Creative Commons.

Note 1 : Le pou rouge semble cependant relativement paresseux, capable de demeurer dans les agr√©gats pr√®s de perchoirs ou de cages vides (durant un vide sanitaire) plut√īt que de rejoindre des h√ītes potentiels √† quelques m√®tres de distance.
Note 2 : Le pou rouge peut aussi parcourir des dizaines de m√®tres de mani√®re semi-passive, en marchant sur les tapis mobiles (tapis √† Ňďufs par ex.).

  1. Passivement, par le biais des poules √† distance moyenne (quelques dizaines de m√®tres, en d√©but de nuit, durant le ¬ę d√ģner ¬Ľ) : comme pour le moustique, il faut quelques minutes au pou rouge pour pr√©lever un repas de sang sur son h√īte/proie. Mais √† la diff√©rence du moustique, il ne peut pas s'envoler apr√®s le repas : il descend g√©n√©ralement le long des pattes de la poule pour rejoindre un abri et dig√©rer le sang pr√©lev√©. Une part importante de la population de poux rouges commence √† grimper sur les poules peu avant le coucher du soleil ou l'extinction des lumi√®res en √©levage. Or, au m√™me moment, les poules se d√©placent souvent d'un perchoir √† l'autre avant de se stabiliser par petits groupes. Par cons√©quent, les acariens qui d√ģnent t√īt (avant ou pendant le coucher des poules) ont de tr√®s fortes chances de quitter la poule √† un endroit diff√©rent de celui o√Ļ ils ont embarqu√©. Ainsi, bien qu'il ne s'√©tablisse pas sur la poule, le pou rouge transite en d√©but de nuit avec elle.

Note 3 : Contrairement à d'autres acariens, le pou rouge n'utilise pas les mouches comme taxis.

  1. Passivement, par le matériel inerte manipulé par l'homme tel les caisses et les camions (dizaines à milliers de kilomètres durant les transferts de volailles) : lorsque l'on transporte des poules qui proviennent d'un élevage infesté, on peut transporter des poux rouges. En général, ils s'accumulent soit dans les caisses de transport soit dans le camion lui-même, qui deviennent des vecteurs de l'acarien. De tels transferts involontaires sont possibles entre élevages de poulettes infestés et élevages de pondeuses ou entre élevages de pondeuses au moment de la réforme, par l'usage des mêmes caisses de transport pour plusieurs élevages.
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Le saviez-vous ? n¬į1 et n¬į3

Comment sait-on cela ?

À courte distance, les trajets individuels de centaines d'acariens femelles adultes non gorgées a été caractérisé dans des arènes rondes de 4 cm de diamètre sur des périodes de 10 minutes dans des arènes expérimentales au moyen d'un système électronique spécialement développé pour mesurer la répulsion ou l'attraction vis-à-vis d'odeurs diverses (caméras pilotées par des nano-ordinateurs). La vitesse moyenne chez les individus témoins (sans odeur spécifique) sur ces périodes de 10 minutes se situait aux alentours de 4 mètres par heure (m/h), avec des individus atteignant 10 m/h voir plus. Sachant que ces individus n'étaient pas obligés de se déplacer durant la période de mesure, il est probable que des pointes >20m puissent être atteintes. Le trajet montrait une tendance des acariens à demeurer contre les bords, mais s'est avéré très erratique (tortueux, sans règle évidente).

√Ä moyenne distance, le r√īle transitoire des poules dans les d√©placements en d√©but de nuit a √©t√© mis en √©vidence gr√Ęce √† des exp√©rimentations en m√©socosmes √©quip√©s de compteurs √©lectroniques d'acariens montant sur des perchoirs (bas√©s sur le m√™me syst√®me que ci-dessus) et des exp√©rimentations compl√©mentaires sur le terrain: nous savons aujourd'hui que les acariens commencent √† rejoindre les perchoirs en d√©but de nuit et que des dizaines d'acariens peuvent √™tre d√©plac√©s par les poules √† ce moment-l√†. Note : alors que des acariens pr√©dateurs (et non pasmicropr√©dateurs) peuvent utiliser des mouches et t√©n√©brions pour √©largir leur aire de circulation, le pou rouge en est incapable.

À longue distance, l'analyse de la structure génétique des populations au moyen de marqueurs ADN a permis d'établir la circulation à longue distance des acariens par le biais des camions. De manière intéressante, des indices de flux de gène plus ou moins intenses sont détectés entre de nombreuses paires de fermes séparées par des distances très variables (de quelques km à des centaines voire milliers de km) et souvent dans des pays différents. Cependant, l'intensité des flux de gènes entre fermes n'est pas homogène : il existe même des fermes parfois assez proches les unes des autres qui ne partagent pas la même population (parfois même au sein d'une exploitation). Cette discordance entre distance géographique et distance génétique s'explique notamment par l'effet de la propagation via l'activité humaine (transports par véhicules motorisés …). Nous avons récemment eu l'occasion de vérifier physique que les poux rouges provenant d'un élevage peuvent s'accumuler sur les caisses de transport et dans le camion durant le transfert des animaux.

Sources scientifiques

Une partie de la connaissance sur ce point est issue d'expérimentations et analyses conduites par l'équipe de L. Roy, qui n'ont pas été publiées à ce jour. Les publications disponibles à ce jour sont les suivantes :

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Le pou rouge n'est pas introduit dans les élevages par les oiseaux sauvages.

D'o√Ļ viennent les poux de vos √©levages ?

Le pou rouge est transport√© entre √©levages par les camions soit au d√©but soit √† la fin de la bande, pas en cours de bande. Au d√©but d'une bande de pondeuses, les acariens peuvent arriver avec les caisses de transport en provenance de l'√©levage de poulettes s'il est infest√© ; √† la fin d'une bande, les acariens peuvent arriver avec les caisses de transport fournies par les abattoirs. Elles sont introduites dans l'exploitation apr√®s avoir transit√© dans d'autres √©levages et jouent le r√īle de vecteurs m√™me lorsqu'elles ne contiennent pas de poule.

Schéma de transport involontaire des acariens

Transport involontaire de poux rouges par les caisses de transport et les camions.

Existe-t-il un lien entre oiseau sauvage et infestation des fermes ?

Les oiseaux sauvages sont innocents : leurs nids hébergent des populations de pou rouge génétiquement différentes et il n'y a pas d'échanges de poux rouges entre oiseaux sauvages et domestiques, même si des oiseaux infestés nichent très près du poulailler.
Les √©v√©nements de contamination sont-ils fr√©quents ? Paradoxalement, bien qu'une infestation puisse r√©sulter de l'introduction d'un tout petit nombre d'acariens, les √©v√©nements de contamination efficace (suivis de l'installation d'une population de poux rouges et aboutissant √† une infestation) semblent rares. Mais une fois l'acarien install√© dans le b√Ętiment, il est tr√®s difficile de s'en d√©barrasser. Les pullulations de poux rouges en cours de bande r√©sultent de la reproduction des poux rouges pr√©sents dans le b√Ętiment au d√©but de la bande et non de contaminations externes. Le vide sanitaire ne permet pas d'√©liminer la population de poux rouges : m√™me si le nettoyage √©limine beaucoup d'acariens, il en reste bien assez en fin de vide sanitaire pour permettre leur prolif√©ration durant la bande suivante, m√™me s'ils passent tr√®s souvent inaper√ßus pendant plusieurs mois.

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Comment sait-on cela ?

Des √©quipes de recherche ont conduit des analyses de g√©n√©tique des populations (voir Roy et al. 2021). Ces analyses s'appuient sur le g√©notypage de nombreux acariens pr√©lev√©s dans les fermes (voir plus bas). Le principe repose sur les connaissances suivantes : Le pou rouge se reproduit de mani√®re sexu√©e si bien que chaque acarien a un p√®re et une m√®re. Comme chez les autres esp√®ces √† reproduction sexu√©e, le patrimoine g√©n√©tique (ou g√©nome) de chaque individu est une combinaison unique de s√©quences d'ADN transmises par ses deux parents avec brassage : chaque individu partage bien s√Ľr de nombreuses portions d'ADN avec les autres individus, mais il pr√©sente aussi des versions diff√©rentes √† certains endroits du g√©nome1. Le nombre de versions diff√©rentes d√©pend notamment du degr√© d'apparentement. On sait aussi que le hasard de la rencontre des sexes et du brassage g√©n√©tique induit des variations de g√©n√©ration en g√©n√©ration dans la fr√©quence des diff√©rentes versions au sein de la population (c'est la d√©rive g√©n√©tique). La fr√©quence des diff√©rentes versions ne varie pas de la m√™me mani√®re entre populations isol√©es (entre lesquelles il n'y a pas de croisement).

G√©notyper2 individuellement des acariens pr√©lev√©s dans diff√©rents √©levages de volailles ainsi que dans des nids d'oiseaux sauvages et analyser les donn√©es √† l'√©chelle des populations permet de comparer les proportions d'apparentement au sein de et entre les populations. Nous identifions ainsi les voies de contamination des √©levages en nous basant sur les hypoth√®ses suivantes : Les acariens de deux populations connect√©es ont presque autant de chances de se reproduire entre eux qu'√† l'int√©rieur de l'une d'entre elles. En revanche, les acariens de populations moins connect√©es ont plus de chances de se reproduire avec des acariens de leur propre population. Cette simple r√©duction du flux g√©n√©tique entra√ģne une diff√©renciation des populations d'acariens d'une g√©n√©ration √† l'autre, ce qui a un impact significatif sur la gestion des √©pid√©mies.

1: Plus pr√©cis√©ment, le pou rouge est haplodiplo√Įde comme les abeilles : les Ňďufs non f√©cond√©s donnent naissance aux m√Ęles et les Ňďufs f√©cond√©s aux femelles. Les m√Ęles √©tant par nature incapables d'engendrer des petits, la contribution des deux sexes est donc indispensable au d√©veloppement des populations (il ne semble pas y avoir de reproduction strictement asexu√©e comme chez d'autres acariens).

2: Génotyper consiste ici à caractériser les séquences d'ADN de plusieurs zones déterminées du génome au sein de l'individu. Les analyses de génétique des populations consistent en gros à comparer la fréquence et l'identité des zones différentes entre individus prélevés au même endroit et entre individus prélevés dans des fermes et/ou nids différents.

Sources scientifiques

Une partie des informations résumées dans cette section est issue de travaux récents de l'équipe de L. Roy, non publiés au moment de l'élaboration du site. Les études disponibles sont les suivantes :

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Le pou rouge fait peu de petits.

Chaque femelle pou rouge ne pond qu'une vingtaine d'Ňďufs durant sa vie. √Ä titre de comparaison, une femelle de moustique tigre pond des centaines d'Ňďufs et une femelle de tique en pond des milliers.

Comment les poux arrivent à être si nombreux s'ils font peu de petits ?

Il faut moins de 7 jours pour un pou pour passer de l'Ňďuf √† la femelle adulte. C'est le renouvellement rapide de la population qui permet en partie aux populations de pou rouge d'augmenter autant. Dans ces 7 jours ils passent par plusieurs stades (Ňďuf, larve, protonymphe, deutonymphe et adulte), seuls les trois derniers stades ont besoin d'un apport de sang.

NB : L'absence de nourriture rallonge le cycle. Le pou rouge peut survivre durant de longues p√©riodes sans h√īte donc sans se nourrir (au moins jusqu'√† 9 mois) et il ne peut pas se nourrir d'autre chose que de sang.

√Ä quelle vitesse un b√Ętiment se retrouve-t-il envahi de pou rouge ?

La dynamique démographique des populations de pou rouge présente une période de latence assez longue (plusieurs semaines / mois après le vide sanitaire) avec très peu ou pas d'acariens visibles hors des interstices (très difficiles à détecter). Cette période de latence est suivie d'un accroissement brutal, avec passage d'une infestation faible à une pullulation intense (nombreux agrégats visibles) en 15 jours. Cela donne souvent l'impression (trompeuse) qu'une contamination a eu lieu en cours de bande.

Dessin du cycle de vie du pou rouge

Cycle de vie du pou rouge.

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Sources scientifiques

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Le pou rouge trouve la poule presque par hasard.

Comment les (micro)prédateurs trouvent-ils leur proie ?

Comme ils vivent √† distance de leur source de nourriture, les pr√©dateurs et les micropr√©dateurs doivent rechercher une proie ou ¬ę h√īte ¬Ľ pour r√©aliser chaque repas. Pour ce faire, la plupart utilisent leurs sens pour la localiser de plus ou moins loin : le loup (pr√©dateur) et le moustique (micropr√©dateur) utilisent √† la fois la vue et l'odorat pour diriger leur trajet vers le repas, la chauve-souris utilise l'ou√Įe (elle produit des ultrasons et localise sa proie en fonction de l'√©chos renvoy√©). Le moustique et les autres micropr√©dateurs (punaise de lit, sangsue, pou rouge) utilisent aussi leur capacit√© √† percevoir finement les variations de temp√©rature. La perception des vibrations produites par un h√īte potentiel d√©clenche l'√©mergence des puces adultes (qui "sortent" des nymphes et se mettent imm√©diatement en qu√™te d'un repas de sang).

Comment le pou rouge trouve-t-il la poule ?

Le pou rouge n'a pas d'yeux mais il est capable de d√©tecter des odeurs, le CO2, des variations de temp√©rature et des vibrations. La perception de l'odeur, du CO2 et de la chaleur √©mise par les poules stimule l'activit√© de recherche d'h√īte chez le pou rouge. Cependant, il ne semble pas utiliser ces sens pour orienter √† proprement parler son trajet vers une poule √† distance : le trajet d'un acarien affam√© en pr√©sence de ces indices de pr√©sence de poule semble essentiellement al√©atoire √† l'√©chelle de m√®tres. Le pou rouge n'est d√©tourn√© vers l'odeur de poule que tr√®s localement (quelques centim√®tres). On ne sait pas comment ni si le pou rouge utilise les vibrations dans sa prospection pour un repas de sang.

Mais alors, comment le pou rouge trouve-t-il la poule ? Les poux rouges aiment monter : un individu en mouvement grimpe en g√©n√©ral sur tout obstacle vertical qu'il rencontre. Les pattes des poules sont les ponts verticaux que les poux rouges empruntent pour atteindre leur repas de sang. Sachant que les poux rouges s'agr√®gent typiquement l√† o√Ļ la densit√© de poule est √©lev√©e (zones hors sol), il leur suffit de parcourir quelques dizaines de centim√®tres au d√©part de leur agr√©gat pour rencontrer par hasard la patte d'une poule. M√™me s'il risque de faire un d√©tour inutile sur un montant quelconque avant d'y parvenir, le pou rouge n'a finalement pas besoin de s'orienter avec une grande pr√©cision pour se nourrir dans un √©levage !

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Comment sait-on cela ?

D'une mani√®re g√©n√©rale, la r√©ponse des poux rouges aux diff√©rents stimuli √©manant de la poule (odeurs, le CO2, des variations de temp√©rature et des vibrations) a √©t√© √©tudi√©e gr√Ęce √† des exp√©rimentations diversifi√©es, en grande partie au laboratoire, compl√©t√©es d'exp√©rimentations sur le terrain. Au laboratoire, le comportement d'acariens confront√©s √† des variations de temp√©rature, d'odeurs, de concentrations de CO2 et/ou de vibration a √©t√© observ√© et not√© de mani√®re standardis√©es, et les donn√©es obtenues ont √©t√© analys√©es statistiquement. Ces observations ont √©t√© r√©alis√©es sur des centaines d'acariens en je√Ľne ou fra√ģchement gorg√©s de sang dans des conditions contr√īl√©es, avec des instruments optiques et/ou √©lectroniques. Sur le terrain, c'est par l'usage de pi√®ges sp√©cifiques et le comptage des acariens pi√©g√©s selon les diff√©rentes modalit√©s test√©es que la r√©ponse aux stimuli a √©t√© √©tudi√©e. Les tests en laboratoire permettent de caract√©riser les comportements typiques face √† des facteurs ma√ģtris√©s. Les pi√©geages sur le terrain permettent de d√©terminer dans quelle mesure ces comportements sont r√©alis√©s en condition d'√©levage, en pr√©sence de facteurs multiples (ma√ģtris√©s et non ma√ģtris√©s).

En ce qui concerne les odeurs, il a fallu d'abord caract√©riser celles que produit la poule. Une odeur est un ensemble de mol√©cules volatiles per√ßu par un syst√®me chimiosensoriel. La composition de l'odeur des poules a √©t√© caract√©ris√©e par des analyses chimiques (par Chromatographie en phase gazeuse-spectrom√©trie de masse, GC-MS) et un parfum de poule artificiel a √©t√© brevet√©. Des tests de comportement √† diff√©rentes √©chelles spatio-temporelles ont √©t√© r√©alis√©s en laboratoire : tests de choix entre diff√©rents flux d'air ou analyse du trajet parcouru autour de la source d'odeur in vitro (quelques cm2 durant 10 minutes par acarien), comptage des acariens captur√©s par des pi√®ges √©lectriques app√Ęt√©s ou non par une odeur de poule (sur une surface d'un m2 au laboratoire et sur des b√Ętiments de pondeuses complets). Dans les tests de choix, on √©value l'attractivit√© √† courte distance en comparant le choix imm√©diat de centaines d'acariens entre deux odeurs (odeur de poule et air pur par exemple). Dans les analyses de trajet, on enregistre au moyen d'une cam√©ra pilot√©e par un nanoordinateur le trajet individuel en 2D de centaines d'acariens confront√©s ou non √† une odeur dans une ar√®ne de 4 cm de diam√®tre. Dans les exp√©rimentations avec pi√®ges √©lectriques, des tubes verticaux miment les pattes de poule et sont coiff√©s d'un syst√®me √©lectrifi√© relarguant l'odeur test√©e. Le syst√®me √©lectrifi√© projette tout acarien cherchant √† atteindre l'odeur sur une plaque englu√©e standard, sur laquelle sont compt√©s les acariens pi√©g√©s dans l'intervalle de l'exp√©rimentation (1h ou 1 nuit). C'est en confrontant les pourcentages de choix in vitro entre diff√©rentes odeurs et de l'air pur, les caract√©ristiques des trajets parcourus, les quantit√©s de poux rouges pi√©g√©s en pr√©sence ou en absence d'odeur de poule et/ou d'ammoniac et les distances entre points de l√Ęcher et pi√®ges, que nous avons pu am√©liorer notre compr√©hensions du comportement de recherche de nourriture chez le pou rouge.

Sources scientifiques

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Le pou rouge résiste beaucoup mieux au froid qu'au chaud.

Le pou rouge résiste au froid

Les poux rouges peuvent passer 80 jours √† 5¬įC sans que cela n'impacte leur capacit√© √† se reproduire apr√®s retour en conditions temp√©r√©es. Certains individus peuvent r√©sister aussi aux temp√©ratures n√©gatives sur de longues p√©riodes (m√™me apr√®s un choc thermique √† -20¬įC). En cons√©quence, les p√©riodes hivernales ne suffisent pas pour d√©contaminer le b√Ętiment. Ainsi, √† la fin de l'hiver, les individus restants produiront une descendance responsable de l'infestation suivante.

Le pou rouge ne résiste pas au chaud :

√Ä contrario, l'√©l√©vation des temp√©ratures au-dessus de 35¬įC augmente fortement le taux de mortalit√© et l'exposition pendant 2 jours continus √† des temp√©ratures au-dessus de 45¬įC √©limine la quasi-totalit√© de la population. Un choc thermique par passage sous de l'eau chaude du robinet de quelques acariens pendant quelques secondes leur est fatal.

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Sources scientifiques

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Le pou rouge ne se noie pas.

Le pou rouge survit à des immersions de plusieurs heures dans l'eau.

Le pou rouge respire bel et bien alors qu'il ne possède pas de poumons. Il est équipé d'un système d'orifices et de trachées qui amènent l'oxygène directement vers les organes, comme chez les insectes. La tension de surface de l'eau est trop élevée pour permettre son passage dans les orifices respiratoires très étroits des poux rouges. Ainsi, il faut 60h d'immersion complète dans l'eau pour tuer 50% de la population. Comme d'autres arachnides et des insectes, il entre dans un coma hypoxique après plusieurs heures d'immersion mais retrouve une activité normale une fois au sec.

L'ajout de savon permet d'abaisser la tension de surface de l'eau, qui peut alors pénétrer dans les orifices respiratoires. L'ajout de liquide vaisselle à 0.1% permet de réduire de 60h à 10h la survie après immersion du pou rouge (et donc d'augmenter la mortalité).

Quelle conséquence ?

Lors des nettoyages des b√Ętiments entre les bandes, nettoyer seulement √† l'eau n'est pas suffisant pour permettre de tuer tous les individus. Pour plus d'efficacit√©, il est recommand√© de r√©aliser le lavage en ajoutant un tensioactif √† l'eau (savon).

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Sources scientifiques

Les informations r√©sum√©es dans cette section sont issues de travaux de l'√©quipe de L. Roy, non publi√©s au moment de l'√©laboration du site. Ils ont consist√© en deux grandes types d'exp√©rimentations : (1¬į) des tests d'immersion o√Ļ l'on a immerg√© in vitro en conditions contr√īl√©es des centaines de femelles adultes dans de l'eau brute ou additionn√©e de diff√©rents produits et √† mesurer la mortalit√© induite par des dur√©es d'immersion vari√©es. (2¬į) Des observations au microscope optique sur une vingtaine de femelles adultes vivantes ont √©t√© r√©alis√©es pour d√©terminer le trajet des liquides dans les trach√©es de l'acarien : comme sa cuticule est transparente, on peut visualiser les trach√©es, organes respiratoire reliant dans le corps de l'acarien les orifices permettant l'entr√©e de l'air depuis l'ext√©rieur (stigmates) et les diff√©rents organes. Au cours de ces tests, l'existence d'un coma hypoxique similaire √† celui d√©crit chez une araign√©e dans l'√©tude suivante a √©t√© observ√© :