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Les mouches peuvent-elles amener des poux rouges ?

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Non, les poux rouges des poules ne voyagent pas avec les mouches. En revanche, il est possible d'observer d'autres acariens (ou d'autres arachnides) accrochés aux mouches ou aux ténébrions (figures ci-dessous).

Exemple de cas de phorésie : photo d'un acariens Uropodina sur un ténébrion et d'un pseudoscorpion sur une mouche

Exemples de cas de phorésie : À gauche (a) acariens Uropodina fixés sur le dos d'un ténébrion grâce à un pédicelle sécrété, et à droite (b) un pseudoscorpion (arachnide proche des acariens et des scorpions, mais dénué de queue venimeuse) accroché à la patte d'une mouche.

De nombreux acariens qui se nourrissent d'autres petits invertébrés utilisent les insectes volants comme taxis pour parcourir de longues distances. On dit qu'ils font de la « phorésie ». Parmi les acariens qui arrivent dans les poulaillers transportés par les mouches ou les ténébrions, des prédateurs du pou rouge sont très fréquemment rencontrés.

Aucun de ces acariens ne se nourrit de sang de poule ni d'humain, ils ne posent pas de problème en élevage. En tant qu'ennemis naturels du pou rouge, ces acariens prédateurs du pou rouge pourraient théoriquement contribuer à sa régulation. Pourtant ils ne semblent pas freiner son développement, sans doute parce qu'ils se nourrissent aussi d'autres proies (des acariens de la poussière, très abondants en général), ainsi que de cadavres de poux rouges ou d'autres matières en décomposition.

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Le saviez-vous ? n°3

Qu'est-ce que la phorésie, plus précisément ?

La phorésie sur insectes volants chez les acariens et autres arthropodes dénués d'ailes est largement documentée dans la littérature (voir article Wikipédia). Pour ce faire, l'animal doit pouvoir s'agripper fermement à l'insecte « taxi » pour y rester accrocher sur la totalité du trajet. Les Macrochelidés ont pour habitude de faire de la phorésie au stade adulte femelle en saisissant fermement un poil de l'insecte avec leurs chélicères (organes buccaux paires équipés chacun d'une pince). Les Uropodina sécrètent une matière adhésive qui durcit et forme un pédicelle qui permet aux deutonymphes de voyager longtemps fixées à la cuticule de l'insecte (ex. ténébrion sur la figure ci-dessous). Des Astigmates (acariens de la poussière) portent des ventouses en face ventrale au stade deutonymphe, qui leur permettent de demeurer étroitement fixés à la cuticule de leur « taxi ». Les pseudoscorpions sont de petits arachnides à l'allure de scorpion mais dénués de queue venimeuse. Comme les scorpions, leurs pédialpes portent des pinces. Ils se déplacent souvent en s'agrippant avec ces pinces à des mouches. Certains acariens prédateurs du pou rouge peuvent aussi se déplacer sur les rongeurs (ex. Androlaelaps casalis). Quel est le régime alimentaire des acariens et pseudoscorpions qui arrivent avec les insectes volants dans les poulaillers ?

Les Macrochélidés que l'on rencontre dans les poulaillers se nourrissent généralement d'œufs et larves de mouches. Les Digamasellidés se nourrissent plutôt de nématodes (vers microscopiques fréquences dans les fientes). Les Uropodina sont omnivores, se nourrissant à la fois de matière en décomposition et de proies vivantes ou mortes (poux rouges et autres invertébrés). Les Astigmates sont les acariens de la poussière auxquels certains humains sont allergiques. Ils se nourrissent essentiellement de champignons microscopiques et de matière organiques diverses et sont toujours présents dans les élevages (au moins de type sol) et généralement très abondants. Les pseudoscorpions sont des prédateurs d'autres invertébrés. Ils sont capables de manger des poux rouges, mais préfèrent des proies légèrement plus grosses.

Comment sait-on que le pou rouge ne pratique pas la phorésie sur les insectes ?

Le pou rouge des poules Dermanyssus gallinae est dénué d'appendices lui permettant de se fixer sur un insecte : il n'a pas de pinces fonctionnelles sur ses chélicères (adaptées à l'hématophagie), ne possède aucune ventouse spécifique et n'est pas capable de sécréter de pédicelle. Une seule observation a été publiée à ce jour rapportant 5 individus femelles adultes posés sur un coléoptère herbivore au Brésil et identifiés par observation morphologique (Flechtmann & Baggio 1993). Afin de voir si cela pouvait arriver dans les élevages de pondeuses, L. Roy a examiné systématiquement les mouches capturées sur des plaques engluées placées en début d'été durant une semaine dans une dizaine de poulaillers infestés par le pou rouge des poules, ainsi que des centaines de ténébrions collectés directement dans des poulaillers infestés (2007-2008, région lyonnaise). Le résultat est clair : de nombreux acariens prédateurs ou omnivores et des pseudoscorpions ont été recensés, mais aucun pou rouge (L. Roy, données non publiées). Étant donné l'absence d'équipement pour se fixer à un insecte et ces résultats concrets, il est très probable que l'unique observation faite au Brésil représente un cas fortuit et concerne une espèce de pou rouge autre que D. gallinae (la distinction entre espèces de Dermanyssus est très difficile voire impossible même pour les spécialistes sur la seule base d'un examen morphologique).

Sources scientifiques

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